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philosophe

  • 1ère personne du singulier (je) du présent de l'indicatif du verbe philosopher
  • 3e personne du singulier (il, elle) du présent de l'indicatif du verbe philosopher
  • 1ère personne du singulier (je) du présent du subjonctif du verbe philosopher
  • 3e personne du singulier (il, elle) du présent du subjonctif du verbe philosopher
  • 2e personne du singulier (tu) du présent de l'impératif du verbe philosopher

philosophé

  • participe passé masculin singulier du verbe philosopher

definición - Philosophe

philosophe (adj.)

1.qui pratique la sagesse, qui fait face calmement aux événements.

philosophe (n.m.)

1.personne qui participe à l'élaboration d'une doctrine philosophique, penseur.

2.personne qui pratique la sagesse, qui fait face calmement aux événements.

3.personne qui abstrait souvent.

philosopher (v. intr.)

1.penser sur des thèmes philosophiques, ou encore raisonner et discuter sur sujet quelconque.

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definición (más)

definición de Philosophe (Littré)

definición de Philosophe (Wikipedia)

sinónimos - Philosophe

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ver también

philosophe (adj.)

philo, philosophie

philosophe (n.m.)

abstraire, philo, philosophie, soustraire subsumeur

frases

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diccionario analógico





 

réfléchi[Classe]

raisonner[Thème]

raisonné[Classe]

philosophé (adj.)


Le Littré (1880)

PHILOSOPHE (s. m.)[fi-lo-zo-f']

1. Dans l'ancienne Grèce, ami de la sagesse.

Il [Pythagore] est le premier qui se soit fait appeler philosophe ; avant lui, les hommes qui se livraient à la contemplation de la nature portaient le nom de sages ; il prit celui de philosophe par modestie (BAILLY Hist. astr. anc. p. 209)

2. Celui qui s'applique à la recherche des principes et des causes.

Nulle religion que la nôtre n'a enseigné que l'homme naît en péché, nulle secte de philosophes ne l'a dit ; nulle n'a donc dit vrai (PASC. Pens. XI, 4 ter, édit. HAVET.)

La vanité est si ancrée dans le coeur de l'homme qu'un soldat, un goujat, un cuisinier se vante et veut avoir ses admirateurs ; et les philosophes mêmes en veulent (PASC. ib. II, 3)

Que je méprise ces philosophes qui, mesurant les conseils de Dieu à leurs pensées, ne le font auteur que d'un certain ordre général, d'où le reste se développe comme il peut ! (BOSSUET Mar.-Thér.)

En fait de découvertes nouvelles, il ne se faut pas trop presser de raisonner, quoiqu'on en ait toujours assez d'envie, et les vrais philosophes sont comme les éléphants, qui, en marchant, ne posent jamais le second pied à terre que le premier n'y soit bien affermi (FONTEN. Mondes, 6e soir.)

Il y a eu des philosophes de cabinet en France ; et tous, excepté Montaigne, ont été persécutés (VOLT. Dict. phil. Philosophe 1)

Ce sentiment [que les bêtes ont de l'intelligence] est celui du vulgaire : il n'est combattu que par des philosophes, c'est-à-dire par des hommes qui d'ordinaire aiment mieux une absurdité qu'ils imaginent, qu'une vérité que tout le monde adopte (CONDIL. Traité des anim. part. 2)

Fig.

Je crois qu'il faut un peu modérer notre enthousiasme pour le Nord ; il produit d'étranges philosophes [à propos de l'assassinat d'Ivan] (VOLTAIRE Lettres, d'Alembert, 7 septembre 1764)

Absolument. Au moyen âge, le philosophe, Aristote.

Au féminin.

À propos, monsieur le conseiller, vous saurez que cette philosophe [Mme du Chatelet] a gagné un préliminaire de son procès, fort important et qui paraissait désespéré (VOLT. Lett. en vers et en prose, 72)

3. Particulièrement. Celui qui s'applique à l'étude de l'homme et de la société, à l'effet de rendre ses semblables meilleurs et plus heureux.

Le philosophe consume sa vie à observer les hommes, et il use ses esprits à en démêler les vices et le ridicule (LA BRUY. I)

Il est bon d'être philosophe, il n'est guère utile de passer pour tel (LA BRUY. XII)

Je n'accorde le titre de philosophe qu'à celui qui s'exerce constamment à la recherche de la vérité et à la pratique de la vertu (DIDER. Claude et Nér. II, 6)

4. Celui qui cultive sa raison, conforme sa conduite aux règles de la saine morale, et affermit son âme contre les coups du sort.

Pour détromper ma soeur, et lui faire connaître Ce que son philosophe à l'essai pouvait être (MOL. Femm. sav. v, 5)

Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux [les divertissements] ; et ceux qui font sur cela les philosophes.... ne connaissent guère notre nature (PASC. Pens. IV, 1)

Écoutez à ce propos [la vanité des choses humaines] le profond raisonnement non d'un philosophe qui dispute dans une école, ou d'un religieux qui médite dans un cloître... (BOSSUET Duch. d'Orl.)

Qu'il y a de différence entre être philosophe et parler de philosophie ! (VOLT. Lett. Mme Denis, 24 août 1751)

Au féminin.

....à votre fille aînée On voit quelque dégoût pour les noeuds d'hyménée ; C'est une philosophe enfin ; je n'en dis rien (MOL. F. sav. II, 8)

J'apprends que l'on vient d'imprimer deux nouveaux mémoires sur la vie de cette philosophe [Ninon] (VOLT. Mél. litt sur Mlle de Lenclos)

J'imagine que votre grand'maman [la duchesse de Choiseul] est une vraie philosophe (VOLT. Lett. à Mme du Deffant, 25 mai 1770)

5. Celui qui mène une vie tranquille et retirée, hors de l'embarras des affaires.

Il n'y a rien qui coûte moins à acquérir aujourd'hui que le nom de philosophe : une vie obscure et retirée, quelques dehors de sagesse, avec un peu de lecture, suffisent pour attirer ce nom à des personnes qui s'en honorent (DUMARSAIS Oeuv. t. VI, p. 25)

6. En un sens particulier, celui qui ne reconnaît pas la révélation.

Ce royaume autrefois le soutien de la foi, et la plus pure portion de son Église, devenu par la licence des discours et l'impiété des sentiments, le théâtre d'honneur des philosophes et des incrédules (MASS. Carême, Mot. de conv.)

Troisvilles fréquenta les toilettes ; le pied lui glissa ; de dévot il devint philosophe (SAINT-SIMON 133, 222)

Nom donné, en particulier dans le XVIIIe siècle, à des hommes qui cultivaient la philosophie et la faisaient servir au renversement des anciennes opinions.

On avait assuré le roi de Danemark que les philosophes étaient mauvaise compagnie (D'ALEMB. Lett. au roi de Pr. 19 déc. 1768)

Je suis quelquefois tenté de dire du titre de philosophe ce que Jacques Rosbif dit de celui de Monsieur, dans la comédie du Français à Londres : Je ne veux point de ce titre-là, il y a trop de faquins qui le portent (D'ALEMB. ib. 8 juin 1770)

Il y avait à l'Académie quatre hommes désignés sous le nom de philosophes, étiquette odieuse dans ce temps-là (MARMONTEL Mém. VII)

7. Dans les colléges et lycées, étudiant en philosophie.

8. Alchimiste. Les principes des philosophes sont le sel, le soufre et le mercure.

Huile des philosophes, huile d'olive dont on imbibe des briques rougies au feu.

Poudre des philosophes, la poudre de projection.

9. Adj. Qui est philosophe.

La religion seule fait quelquefois des conversions surprenantes et des changements miraculeux, mais elle ne fait guère toute une vie égale et uniforme, si elle n'est entée sur un naturel philosophe (FONTEN. Des Billettes.)

La plupart des femmes et des courtisans n'observèrent autre chose dans cette reine philosophe [Christine], sinon qu'elle n'était pas coiffée à la française, et qu'elle dansait mal (VOLT. Louis XIV, 6)

Je désirerais de voir cette question proposée à tous les philosophes de l'Europe par le plus philosophe des souverains (D'ALEMB. Lett. au roi de Pr. 27 nov. 1777)

Le grand défaut de ce siècle philosophe est de ne l'être pas encore assez (D'ALEMB. Lett. à J. J. Rouss.)

Et sur le même plan l'amour nous voit rangés ; C'est un dieu philosophe, il est sans préjugés (DE BIÈVRE Séducteur, I, 5)

10. Il se dit quelquefois pour philosophique, mais en ce sens il vieillit.

Et je crois qu'à la cour, de même qu'à la ville Mon flegme est philosophe autant que votre bile (MOL. Mis. I, 1)

Qu'il a bien découvert son âme mercenaire ! Et que peu philosophe est ce qu'il vient de faire ! (MOL. F. sav. V, 5)

Quand ils [Platon et Aristote] se sont divertis à faire leurs Lois et leur Politique, ils l'ont fait en se jouant ; c'était la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de leur vie ; la plus philosophe était de vivre simplement et tranquillement (PASC. Pens. VI, 52)

Il [Mazarin] mourut au bois de Vincennes avec une fermeté beaucoup plus philosophe que chrétienne (Mme DE LAFAYETTE Hist. de Mme Henriette, 1re part.)

Il me semble que la mort du roi d'Angleterre [Charles Il] devient plus philosophe et anglaise que chrétienne et catholique (SÉV. 7 mars 1685)

D'un oeil philosophe et tranquille Tu vois les intrigues des cours (BERNIS Ép. 2, Moeurs.)

HISTORIQUE

XIIIe s.Et si a en ceste cité moult de philosophes et moult de mires [médecins] (MARC POL p. 489)

XIVe s.Le philosophe [Aristote] dist ou [au] premier des Elenches (H. DE MONDEVILLE f° 7)

XVe s.Jà tant ne montera la niceté du peuple, que nom de philosophe très honorable et très saint ne demeure (CHRIST. DE PISAN Hist. de Ch. V, III, 64)Ce bon mareschal se peut bien appeler philosophe d'armes, c'est à dire amateur de la science d'icelle (Hist. de Bouciq. IV, 6)

XVIe s.Veistes vous oncques chien rencontrant quelque os medulaire ? c'est, comme dict Platon, la beste du monde plus philosophe (RAB. Garg. Prol.)Les femmes philosophes qui se mesloient à leur secte [des cyniques] (MONT. II, 352)Vous verrez au long aller ce beau nom de poete venir au nonchaloir du peuple, ainsi que celuy de philosophe que l'on adapte maintenant à ces tireurs de quint-essence (PASQUIER Lett. t. I, p. 26)

ÉTYMOLOGIE

Prov. philosophe ; espagn. et ital. filosofo ; du lat. philosophus ; du grec, qui aime, et, sagesse, lequel est de même radical que le lat. sapus, habile, sapere, savoir.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PHILOSOPHE. Ajoutez :

11. Un des noms de l'argilah ou cicogne à sac (voy. ARGILAH au Supplément).

Le public, frappé de la gravité de sa démarche et de l'air penseur de son crâne dénudé, lui a donné le nom plus pittoresque de philosophe ou d'adjudant (Journ. offic. 18 mars 1874, p. 2094, 2e col.)

PHILOSOPHER (v. n.)[fi-lo-zo-fé]

1. Traiter, raisonnner des choses qui regardent la philosophie.

Bernier, après avoir philosophé cinquante ans, avoue qu'il doute des choses qu'il avait cru les plus vraies (S. ÉVREM. dans RICHELET)

Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher (PASC. Pens. VII, 34, édit. HAVET.)

On avait philosophé trois mille ans durant sur divers principes, et il s'élève dans un coin de la terre un homme [Descartes] qui change toute la face de la philosophie.... (NICOLE Ess. de mor. 1er traité, ch. 7)

Si j'avais quelqu'un pour m'aider à philosopher, je pense que je deviendrais une de vos écolières [en cartésianisme] (SÉV. 432)

....Des habillements, des armes, des instruments, curiosités qui, quoiqu'elles ne soient pas sorties immédiatement des mains de la nature, ne laissent pas de devenir philosophiques pour qui sait philosopher (FONTEN. Tournefort.)

Quand Descartes voulut philosopher, il quitta la France (VOLT. Lett. Damilaville, 14 mars 1764)

On dit : vivre d'abord, ensuite philosopher ; c'est le peuple qui parle ainsi ; mais le sage dit : philosopher d'abord, et vivre ensuite si l'on peut (DIDER. Claude et Nér. II, 2)

2. Raisonner, discuter sur diverses matières de morale ou de physique.

Le médecin vous donnant des jours et des heures qui ne sont pas en sa puissance, et toujours prêt à philosopher admirablement de la maladie après la mort (BOSSUET Bourgoing.)

Dans la prison même et lorsqu'il buvait la ciguë, il [Socrate] philosophait, dit Plutarque, et instruisait le genre humain (ROLLIN Hist. anc. Oeuv. t. IV, p. 369, dans POUGENS)

N'ayant plus de maîtresse et n'ayant pas un sou, Nous philosopherons maintenant tout le soûl (REGNARD Joueur, IV, 13)

Que sont devenus nos anciens projets de philosopher un jour ensemble dans cette grande ville si peu philosophe [Paris] ? (VOLT. Lett. Formont, 1734)

J'espère cependant que cette santé et cette machine me permettront de jouir des bontés de Votre Majesté, et d'aller philosopher avec elle sur les grands maux et les petits biens de la vie (D'ALEMB. Lett. au roi de Pr. 27 fév. 1777)

3. Argumenter, disputer trop subtilement.

Mais sans être savant et sans philosopher (MALH. V, 16)

Ce n'est point à vous de philosopher sur les abaissements et la croix de votre Sauveur (BOURDAL. Dim. de la Quinquagés. Dominic. t. I, p. 454)

Après avoir philosophé toute votre vie, n'apprendrez-vous jamais à raisonner ? (J. J. ROUSS. Émile, v.)

4. Raisonner sur, tirer des inductions.

Enfin il [le lièvre] se trahit lui-même Par les esprits sortant de son corps échauffé ; Miraut, sur leur odeur ayant philosophé, Conclut que c'est son lièvre (LA FONT. Fabl. v, 17)

On philosophe pourquoi cette augmentation [surcroît de dignité accordé au chancelier d'Aligre] (SÉV. 12 janv. 1674)

5. S. m. Le philosopher, l'action de philosopher.

Mais n'en déplaise aux vieux : ni leur philosopher Ni tant de beaux écrits qu'on lit en leurs écoles, Pour s'affranchir l'esprit ne sont que des paroles (RÉGNIER Sat. III)

Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

HISTORIQUE

XVIe s.Un ancien, à qui on reprochoit qu'il faisoit profe-sion de la philosophie, de laquelle pourtant en son jugement il ne tenoit pas grand compte, respondit que cela c'estoit vrayement philosopher (MONT. II, 243)

ÉTYMOLOGIE

Provenç. philosophar ; espagn. filosofar ; ital. filosofare ; du lat. philosophari, de philosophus, philosophe.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PHILOSOPHER. Ajoutez : - REM. Au XVIIe siècle, philosopher s'employait au sens de raisonner sur, tirer des inductions, comme on le voit par les exemples de La Fontaine et de Mme de Sévigné, rapportés dans le n° 4. C'est ainsi que Richelieu l'emploie dans cette phrase : M. de Chazé a fort bien interrogé M. de Thou [dans le procès de Cinq-Mars], et assurément il n'est pas incapable ; mais, pour la conduite générale de l'affaire, il nous faut, à mon avis, M. de Lauzon, étant besoin qu'un commissaire qui aura cette charge soit capable de philosopher et songer perpétuellement aux moyens qu'il devra tenir pour venir à ses fins, Lettres, etc. 1642, t. VII, p. 17.

Wikipedia

Philosophe

                   

Un philosophe est au sens large une personne pratiquant la philosophie.

Au sens populaire, est « philosophe » celui qui, face aux petits ou grands événements de l'existence, fait preuve de patience, de courage, de sérénité, et cherche une existence paisible, à la façon des anciens stoïciens ou épicuriens ; en ce sens, on parle de « vivre en philosophe », de « se montrer philosophe ». Au sens antique, est « philosophe » la personne qui « cherche la vérité et cultive la sagesse », comme Socrate et Platon, Épicure et Lucrèce, Épictète et Sénèque. Au sens professionnel est « philosophe » celui qui pense de façon conceptuelle, radicale, critique, systématique les grands principes et valeurs de la vie et de la connaissance, par exemple Hume, Kant, Hegel, Heidegger ou Sartre. Il y a aussi la tradition des philosophes scientifiques, qui pratiquent la philosophie au sens de "amour du savoir" et qui développent parallèlement des sciences, par exemple Pythagore, Aristote, Avicenne, Descartes, Pascal, Leibniz ou Russell. Les sciences qu'ils développent ont toujours des liens très étroits avec leurs systèmes philosophiques.

Sommaire

  Origine du mot « philosophe »

Héraclide du Pont (340 av. J.-C.) attribue la création du mot « philosophe » à Pythagore (530 av. J.-C.), lequel ne se présentait pas comme un sage, mais comme « amoureux de la sagesse » (φιλόσοφος) :

« Pythagore, dit Aétius, fut le premier à employer le terme de 'philosophie' [φιλοσοφία : amour de la sagesse]. »[1]
« Léon lui demanda sur quel art il s'appuyait ; Pythagore répondit qu'il ne connaissait pas un seul art, mais qu'il était philosophe. Léon s'étonna de ce mot nouveau. »[2]

il s'étonna peut-être aussi de la modestie : le philosophe n'est pas sage, il se présente seulement comme un apprenti en sagesse, un amateur de connaissances profondes des conséquences de ses actes et paroles et tend donc à la maîtrise de soi.

Les mots « philosophe » et « philosophie » n'ont pris ce sens, classique, qu'avec Platon, lors de sa lutte contre les sophistes[3], qui se prétendaient savants. Le philosophe, dit Platon, est celui qui « aspire à apprendre », l'homme qui désire savoir de façon droite, l'amoureux de connaissance, le « philomathe » (Ménon, 82cd ; La République, II, 376b), et donc seul zeus est sage.

« L'appeler sage, c'est, selon moi du moins, employer une expression ambitieuse et qui ne convient qu'aux Divinités. Mais l'appeler ami de la sagesse, "philosophe"", ou d'un nom analogue, à la fois lui irait davantage et serait mieux dans la note. »

— Platon, Phèdre, 278d

.

  Polysémie du mot

Comme il y a certainement autant de manières de la pratiquer qu'il y a de philosophes, il n'est pas facile de décrire brièvement ce que peut être un philosophe ; néanmoins, l'idée la plus générale que l'on peut s'en faire est sans doute celle d'une personne qui réfléchit avec sa raison sur le monde et la pensée, pour accéder à la sagesse ou pour comprendre le sens de la vie, dans l'espoir d'être plus heureux ou libre. Ces personnes répondent au qualificatif général de philosophes puisqu’elles incarnent, plus ou moins bien, un certain type idéal, comme Picasso ou Van Gogh répondent au qualificatif du type de l’artiste ou comme Einstein, le type idéal du scientifique. On reconnaît ainsi en elles des traits caractéristiques de ce qui semble être le type philosophique.[interprétation personnelle]

  Figures historiques du philosophe

Il est difficile de dire ce qu'est un philosophe, et donc de faire un panorama des figures historiques de la philosophie. On peut pourtant les penser en suivant la proposition de Gilles Deleuze : est philosophe celui qui fabrique un concept. Un concept résout un problème général. Les deux premiers philosophes sont alors Pythagore et Thalès. Suivis par Parménide, Zénon d'Elée, Héraclite d'Ephèse, Anaximandre, et tous ceux que l'on désigne comme des présocratiques : Empédocle, Philolaos, Archytas, Leucippe, Anaxagore, et l'imposant Démocrite. Ils sont pour l'essentiel des physiciens de la philosophie et des moralistes (des sages). Vient ensuite Platon, qui fonde l'Académie, chez qui toutes les questions sont abordées au travers d'une autre figure qui n'a jamais rien écrit : Socrate. Une phrase fameuse dit de Platon que toute l'histoire de la philosophie tient en les notes en marge de sa pensée. Aristote, qui fut le disciple de Platon, fonde le Lycée et élabore une pensée inductive, il fabrique la métaphysique, science des causes de l'être, dont l'ontologie est la science première. De grandes figures se distinguent nettement sans qu'il soit nécessaire de lister exhaustivement tous les philosophes. Elles se distinguent en cela que leur pensée révolutionne l'esprit, voire l'histoire. Ils sont essentiellement des modernes. Ainsi Descartes qui pour la première fois énonce l'essence de la subjectivité, Kant qui exprime ce qu'est une expérience et fabrique l'idéalisme, Hegel qui construit le dernier système total en percevant dans l'histoire le mouvement de l'être, Marx qui tâche de transformer l'histoire plutôt que de la penser, Nietzsche qui annonce la mort de Dieu et de tous les systèmes, Heidegger qui revient sur l'histoire de la philosophie comme histoire de l'oubli de l'être.

  Le philosophe antique : un mode de vie

Le philosophe fait de la philosophie une activité libre à laquelle il consacre sa vie. La philosophie suppose un certain genre de vie, ou un art de vivre. Pythagore, là aussi, intervient. Il se distingue par un genre de vie, « le genre de vie pythagoricien » (βίος πυθαγορικός). Et il distingue trois genres de vie : l'action, le gain (ou la gloire), la contemplation.

« Lorsque Léon, le tyran de Phlionte, lui demanda qui il était, il répondit : 'un philosophe' [φιλόσοφος : amoureux de la sagesse]. Et il disait que la vie ressemble à une panégyrie [assemblée de tout le peuple]. De même que certains s'y rendent pour concourir, d'autres pour faire du commerce, alors que les meilleurs sont ceux qui viennent en spectateurs, de même, dans la vie, les uns naissent esclaves et chassent gloire et richesses, les autres naissent philosophes et chassent la vérité[4]. »

L'Antiquité a médité sur le thème de l'accord entre la pensée et la vie. Platon, dans le Lachès (188 d) parle de « la vie qui mettra les actes à l'unisson avec les paroles ». Épictète, dans ses Entretiens (I, 29, 55-57) y insiste :

« Ne peux-tu pas appliquer ce qu'on t'a enseigné ? Les raisonnements, ce n'est pas ce qui manque ; les livres sont pleins de ceux des stoïciens. Qu'est-ce qui manque donc ? l'homme qui les appliquera, qui, par la pratique, rendra témoignage pour eux. Prends ce rôle pour que nous n'ayons plus à nous servir, dans l'école, de l'exemple des Anciens, mais que nous ayons aussi des exemples de notre temps. »

Platon donne comme origine au philosophe l'étonnement : « Cet état, qui consiste à s'émerveiller, est tout à fait d'un philosophe. »[5] Ensuite, sur le « naturel philosophe », il donne le trait caractéristique, dans La République (II, 376) : il y a « désir de connaître et amour du savoir, ou philosophie ». Et cette activité consiste à chercher le Vrai, le Beau, le Juste, donc des valeurs, des normes, des principes, des idéaux, par-delà les choses sensibles, cela avec une sagesse et dans une perception globales. D'une part, « le philosophe a envie de sagesse, non d'une sagesse et pas d'une autre, mais de la totalité de ce qu'elle est »[6]. D'autre part, il parvient à une vue synoptique : il prend « une vue d'ensemble de ce qui est disséminé »[7]. Finalement, Platon oppose deux modes de vie : la vie active et la vie contemplative[8], mais lui-même a mené une vie contemplative axée sur la vision du Beau ou du Bien, et une vie active marquée par la fondation de l'Académie et ses efforts pour conseiller un État juste à Syracuse.

Aristote insiste sur le désir de savoir, commun aux hommes, mais central chez le philosophe : « Tous les hommes désirent naturellement savoir »[9]. Plus précisément, pour Aristote[10], le philosophe est un chercheur universel : il possède la totalité du savoir, mais seulement au niveau des principes les plus élevés (par exemple la loi logique de non-contradiction) et des causes premières et les plus générales (par exemple la cause motrice, la nécessité) ; profond : il pense des choses difficiles, abstraites, générales, éloignées des sens, comme l'Être ; précis ; instructif ; désintéressé : il veut savoir dans le seul but de savoir, savoir ce qui est universel et nécessaire ; enfin, dominant : « il ne faut pas que le philosophe reçoive, mais qu'il donne des lois ». Au final, « si le bonheur est la sagesse, il est manifeste que c'est aux seuls philosophes qu'il appartiendra de vivre heureux »[11].

Une révolution dans notre conception du philosophe grec a été faite par Pierre Hadot. Il a démontré que, pour les Anciens, le philosophe se signale moins par des opinions, des théories, que par un « enseignement oral » et par un « mode de vie ». « Cet enseignement oral, et les oeuvres écrites qui en émanent, ne communiquent pas un savoir tout fait, mais ils sont destinés avant tout à former un savoir faire, à un savoir discuter, à un savoir parler, qui permettra au disciple de s'orienter dans la pensée, dans la vie de la cité, ou dans le monde. (...) La philosophie est un mode de vie qui comporte comme partie intégrante un certain mode de discours. » Socrate veut « rendre meilleurs » les hommes ; chez Platon, « la dialectique n'est pas seulement un exercice logique, mais c'est le dialogue de deux âmes qui ne s'élèvent vers le bien que parce qu'elles s'aiment » ; chez Aristote « la vie théorétique n'est pas une pure abstraction, mais une vie de l'esprit »[12].

  Le philosophe à la fin de l'Antiquité : un mage ?

  Le philosophe, par Rembrandt

À la fin de l'Antiquité, depuis le IIIe siècle av. J.-C.[13] jusqu'à la fin du Ve siècle, le mot « philosophe » prend fréquemment le sens de « docteur ès sciences occultes »[14]. « C'est un titre dont les alchimistes aimaient particulièrement se parer »[15]. Un grand nombre de philosophes se lance dans la théurgie (Jamblique, Proclos), la magie (Apulée), l'alchimie (Synésios, Olympiodore d'Alexandrie le Jeune)[16], l'astrologie, la numérologie... Inversement, les mages (Nigidius Figulus, Apollonius de Tyane, Maxime d'Éphèse), les alchimistes (Bolos de Mendès, Zosime de Panopolis), les hermétistes du Corpus Hermeticum se disent « philosophes » ou « pythagoriciens »[17]. Hermès Trismégiste, autorité mythique des hermétistes et des alchimistes, sera appelé « le Père des philosophes », « très ancien théologien et excellent philosophe » ou « grand philosophe, prêtre et roi », et Zosime de Panopolis, le premier grand alchimiste (vers 300), est appelé « la couronne des philosophes ».

Les hermétistes prétendent représenter la vraie philosophie :

« Il n'y aura plus, après nous, aucun amour sincère de la philosophie, laquelle consiste dans le seul désir de mieux connaître la divinité par une contemplation habituelle et une sainte piété. Car beaucoup la corrompent d'une infinité de manières... Par un astucieux travail,ils la mêlent à diverses sciences inintelligibles, l'arithmétique, la musique et la géométrie. Mais la pure philosophie, celle qui ne dépend que de la piété envers Dieu, ne doit s'intéresser aux autres sciences que pour admirer comment le retour des astres à leur position première ; leurs stations prédéterminées et le cours de leurs révolutions solaires obéissent à la loi des nombres et pour se trouver (...) portée à admirer, adorer et bénir l'art et l'intelligence de Dieu[18]. »

  Le philosophe au Moyen Âge : les philosophantes

Article détaillé : Philosophie chrétienne.

Même si l'expression est postérieure au Moyen Âge, la fameuse théorie de la « philosophie servante de la théologie » (philosophia ancilla theologiae) remonte à la fin du IIe s., avec Clément d’Alexandrie, dans les Strômates (I, 5).

« Dieu est le principe de toutes choses bonnes, les unes immédiatement, comme l'ancien et le nouveau Testament, les autres comme secondairement, comme la philosophie. Peut-être même la philosophie a-t-elle été donnée aux Grecs au même titre de l'Écriture [sainte], avant que le Seigneur les appelât. La philosophie est donc une étude préparatoire, c'est elle qui ouvre la route à celui que Jésus-Christ mène à la perfection. Sans doute la Vérité n'a qu'une voie, mais d'autres ruisseaux lui arrivent de divers côtés, et se jettent dans son lit comme dans un fleuve éternel[19]. »

Cette expression sera reprise par Thomas d'Aquin au XIIe siècle, pendant la période dite scolastique. Durant cette période, la théologie avait pris le pas sur la philosophie. Cependant, après l'entrée d'Aristote en théologie, les théologiens se mirent à la réflexion philosophique. Ils se nommèrent eux-mêmes des philosophantes (des théologiens philosophants)[20].

Le pape Grégoire IX, par la bulle Parens scientiarum (Père des sciences), exige « que les maîtres de théologie ne jouent pas aux philosophes » (nec philosophos se ostentent), à plus forte raison les maîtres ès-arts.

Existe-t-il une « philosophie chrétienne » ? La question fait rage aujourd'hui encore. Laquelle, de la raison ou de la foi, doit diriger l'autre ? Les options sont contradictoires. Dès son premier livre, en 386, saint Augustin met le doigt sur le problème de méthode ou de croyance qui se pose à un philosophe chrétien : faut-il suivre la voie de la foi (via fidei) ou la voie du raisonnement (via rationis) ? Il choisit les deux : « Je désire ardemment saisir la vérité non seulement par la foi mais encore par l’intelligence »[21]. Plusieurs combinaisons sont possibles : foi seule (Pierre Damien), intelligence seule (Pierre Abélard), priorité à la foi (Boèce, Thomas d’Aquin), priorité à l’intelligence (Roger Bacon), foi en quête d’intelligence (Augustin, Anselme de Cantorbéry), foi et intelligence en complémentarité, en autonomie (Lanfranc de Pavie) ou peut-être même en contradiction (Averroès, Boèce de Dacie et Siger de Brabant, selon une tradition qui parle – à tort - de « double vérité »). Force est de reconnaître que les principaux philosophes du Moyen Âge sont, quant à leur statut, moines, prêtres, papes, et, quant à leur spécialité, théologiens.

  Le philosophe des Lumières : du militantisme

Intellectuel dont le rôle est de réfléchir sur l'organisation du monde. Une autre grande figure du philosophe est celle du philosophe des Lumières. Les plus illustres sont, en France, Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau, d'Alembert, Helvétius, d'Holbach ; en Angleterre, Toland et Hume ; en Allemagne : Wolff, Lessing et Kant. Le philosophe des Lumières croit au progrès, il pratique le libre examen, il conteste la religion révélée.

« La physionomie du philosophe se transforme : moins théologien, moins savant, il est, de plus en plus, l'honnête homme qui se tient au courant de l'avancement des sciences, prend parti dans toutes les querelles, se passionne pour les questions politiques en théorie ou par l'action, et, surtout, devient homme de lettres : la philosophie, désormais, s'exprime par des contes, par le théâtre, par des romans. La question reste ouverte de savoir si les philosophes jouent vraiment un rôle. La fin du siècle (répondra) en philosophie théorique, pure, par Kant, et, en pratique, par la Révolution française[22]. »

Bien après la philosophie des Lumières, Charles Peirce caractérise ainsi le philosophe, à partir de la figure de Kant :

« Kant possédait à un haut degré les sept qualités mentales d'un philosophe : 1) aptitude à discerner ce qui est donné à sa conscience, 2) originalité inventive, 3) puissance de généralisation, 4) subtilité, 5) sévérité critique, 6) démarche systématique, 7) énergie, diligence, persévérance et dévotion exclusive à la philosophie[23]. »

  Le philosophe d'aujourd'hui : la déconstruction ou la construction phénoménologique

Comment caractériser le philosophe d'aujourd'hui (en France : Michel Foucault, Jules Vuillemin, Jacques Derrida, Michel Onfray…) ? Luc Ferry retient ces traits-ci[24] :

  1. « Plus aucun philosophe ne se risquerait aujourd'hui à forger un « système » philosophique. »
  2. « La philosophie contemporaine a été pour l'essentiel une déconstruction de l'idéalisme allemand, de la philosophie de la subjectivité telle que Descartes l'avait mise en place. La philosophie devient historienne en déconstruisant les grandes théories du passé. » (La philosophie déconstructive prétend mettre en pièces ou mettre à nu les fondations de la maison philosophie, grâce à une généalogie, une herméneutique ou une réévaluation. Cela remonte à Nietzsche et Heidegger et triomphe avec Derrida).
  3. « Au fil des années soixante, quelque part entre Sartre et Foucault déjà, l'image du philosophe s'est dédoublée en France comme jamais dans les siècles passés. D'un côté le professeur, qui n'est pas nécessairement un penseur original, mais avant tout un historien de la philosophie. De l'autre, l'essayiste, « l'intellectuel » qui intervient dans le débat public. Le commentaire d'un côté, l'engagement de l'autre, mais point, là comme ici, de créateur singulier. »
  4. « La philosophie moderne semble souvent très « technique », volontiers spécialisée dans des champs particuliers du savoir (l'épistémologie, la philosophie du droit, de l'éthique, de la politique, du langage, l'histoire des idées, etc.), elle est devenue, pour l'essentiel, une discipline scolaire ou universitaire, parmi d'autres. »

  Profils didactiques du philosophe

Les philosophes se divisent, quant aux idées, en de nombreuses doctrines : rationalisme/empirisme, spiritualisme/matérialisme, dogmatisme/scepticisme/relativisme... Mais ils se distinguent aussi, au sein du mode de vie philosophique, par leurs profils de penseurs, leurs styles de pédagogues, leurs manières en méthodologie.

  • Platon oppose les « Fils de la Terre » aux « Amis des Idées »[25]. Il peut s'agir d'une opposition doctrinale ou des rivalités d'école, mais il s'agit peut-être de tendances à philosopher. Les Fils de la Terre privilégient les corps matériels, ils ne croient qu'en ce qu'ils touchent ; en revanche, les « Amis des Idées » privilégient les essences intelligibles, les normes idéales, ils se fient à la pensée.
  • Pascal, dans le traité De l'esprit géométrique et de l'art de persuader (1657), mais aussi dans les Pensées, distingue « l'esprit de géométrie » de « l'esprit de finesse ». Logiciens et intuitifs. Ces deux voies de connaissance ont leurs règles, inconciliables. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Cette phrase ne signifie pas que l’amour obéit à une logique autre que celle du calcul, mais – dans le vocabulaire du XVIIe siècle - que l’intuition métaphysique des principes (le coeur) obéit à des règles différentes de celles de la pensée discursive (la raison).
    • « L'esprit de géométrie », ou « art de persuader », relève de l'entendement, de la pensée discursive, savante. On le trouve en mathématiques. « Cette véritable méthode (…) consisterait en deux choses principales : (…) à définir tous les termes et à prouver toutes les propositions. » Le penseur, avec des principes peu nombreux et évidents, arrive à de nombreuses conclusions. La raison avance lentement, par déduction rigoureuse de conséquences, mais avec des preuves.
    • « L'esprit de finesse », ou « art d'agréer », relève du « sentiment de cœur », au sens d'une intuition métaphysique qui fait croire sans démonstration. On le trouve en littérature et en pédagogie, dans la vie courante. Le penseur alors voit « la chose d'un seul regard », il persuade par éloquence, il ménage l'amour-propre des autres, il s'efforce d'être naturel et de plaire. L'esprit avance par digression, avec un grand nombre de principes subtils. Cette voie s'applique mieux à la religion. « C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. » On éprouve Dieu, on ne le prouve pas.
  • Leibniz distingue deux profils philosophiques : les esprits combinatoires, comme Galilée, et les esprits analytiques, comme Descartes[26]. « Il y a deux méthodes : synthétique, c'est-à-dire par l'art combinatoire, et analytique. L'une et l'autre peuvent montrer l'origine de la découverte, ce n'est donc pas le privilège de l'analyse [comme le soutient Descartes]. La différence est que l'art combinatoire, à partir d'éléments plus simples, dévoile une science (...) ; l'analyse, par contre, réduit le problème proposé à des éléments plus simples[27]. »
  • Nietzsche oppose « les ouvriers de la philosophie » aux « vrais philosophes ». Les premiers, « dont Kant et Hegel sont les nobles modèles », étudient, déchiffrent, rendent claires « les valeurs établies et créées », « mais les vrais philosophes commandent et font la loi, ils disent : "Il doit en être ainsi"[28] ! »
  • William James affirme que « l'histoire de la philosophie est en grande partie celle du heurt entre tempéraments[29]. » L'esprit tendre (tender-minded) est rationaliste, il s'intéresse aux abstractions et aux principes éternels, il suit ou accepte la religion et la métaphysique, il est optimiste, il croit en la volonté libre, il cherche la certitude ; l'esprit dur (tough-minded) apprécie les faits et l'expérience, il est matérialiste et, en général, réductionniste, il est pessimiste et fataliste, il ne trouve que peu de certitude et se contente de la probabilité[30].
Les deux esprits philosophiques
selon William James
esprit tendre esprit dur
rationaliste (principes) empiriste (faits)
intellectualiste sensualiste
idéaliste matérialiste
optimiste pessimiste
religieux irreligieux
volontariste fataliste
moniste pluraliste
dogmatique sceptique

  Philosophie, culture, société, État

  Le philosophe et sa culture

La plupart des grands philosophes étaient aussi des scientifiques pratiquant plusieurs disciplines. L'ensemble de ces disciplines leur permettait de se construire une représentation de l'univers comportant plusieurs perspectives plus ou moins solidaires (biologique, physique, philosophique, etc.).

La valorisation de la connaissance dans la culture occidentale fait que le philosophe est largement considéré, à tort ou à raison, comme le sommet du prestige intellectuel. Mais ce statut est aussi souvent remis en cause, et cela pour des raisons qui apparaissent depuis l'Antiquité, comme par exemple l'instrumentalisation de la philosophie par des opportunistes, ou parce qu'il arrive qu'il y ait des malentendus sur ce que l'on peut attendre de la philosophie. Ce prestige de la philosophie a aussi souffert du développement du monde moderne, de la professionnalisation de cette discipline, de la massification des études et du fait qu'au XXème siècle de très rares philosophes ont développé des sciences.

Dans le monde moderne, le philosophe peut paraître inutile, d'une part face aux sciences qui prétendent parfois être la source unique de la connaissance, d'autre part face aux idéaux de confort et de bien-être des sociétés démocratiques, idéaux soutenus par la science. L'esprit moderne n'est donc peut-être pas compatible avec la discipline de l'esprit et de la vie exigée par une pratique de la philosophie qui ne semble pas rentable. Bien plus, aux yeux du philosophe, la culture moderne comporte bien des aspects pour le moins douteux. La « substitution » de la philosophie par les sciences à l'époque moderne est en quelque sorte un parricide. La pensée philosophique est, en effet, à l'origine de toute pensée rationnelle en Occident.

Dans la Grèce antique, modèle de modernité à son époque, les gens faisaient systématiquement appel aux mythes, aux opinions pour expliquer les mystères du monde. Ce n'est qu'avec l'arrachement de conscience que constitue la philosophie, l'effort fait pour se dégager du mythe par les philosophes, que la pensée occidentale a pu accéder à un niveau rationnel de réflexion. Elle a ainsi donné naissance à la pensée rationnelle, logique, qui est le substrat nécessaire à toutes autres sciences ultérieures[31],[32].

Le philosophe peut donc apparaître soit comme un vestige archaïque de temps révolus, soit au contraire comme un défenseur d'une vie authentique menacée par la rationalisation outrancière des sociétés marchandes et par la dévalorisation que de tels systèmes de consommation font subir aux individus. Ainsi, si la place des philosophes dans la société est un problème soulevé depuis Platon, ce problème est remarquable au XXIe siècle par la force avec laquelle il se pose : il remet en cause la légitimité même de la philosophie.

  Le philosophe et sa société

Dans un essai, Pierre Riffard[33] a isolé quelques caractéristiques du philosophe, à travers les âges, depuis Thalès jusqu'à Jean-Paul Sartre.

  • Exclusion des femmes. Sur les listes officielles des « grands philosophes », il n'y a pratiquement aucune femme ; au début du XXIe siècle, il n'y a que Simone Weil ou Hannah Arendt.
  • Expatriation. Plus de 13 % des philosophes sont nés à l'étranger, dans les colonies. Plus de 54 % des philosophes ont vécu à l'étranger : Descartes en Hollande, Hobbes 11 ans en France, etc.
  • Acceptation de la langue culturellement dominante. 23 % des « grands philosophes » ont parlé latin (jusqu'en 1889), 21 % grec, 21 % français, 13 % anglais (cette langue devient dominante au XXIe siècle).
  • Refus de la religion idéologiquement dominante. Le philosophe commence souvent sa carrière par un conflit avec l'Église ou avec les croyances admises. Les « grands philosophes » sont chrétiens à 51 %, sans religion à 27 % et païens à 19 %.
  • Profession. 43,7 % des philosophes furent enseignants, les autres religieux (20,9 %), politiciens (9,3 %), sans profession (4,9 %), médecins (4 %), avocats ou juristes (3,1 %), éditeurs ou journalistes (3,1 %), aucun ou presque artisan (Henry Thoreau), paysan (Gustave Thibon) ou marin (Michel Serres).
  • Orphelins. 68 % des grands philosophes sont orphelins à cinq ans.
  • Pas de précocité. En moyenne statistique, la première œuvre est publiée à 27 ans, l'œuvre maîtresse à 42 ans.
  • La démence est très rare, sans incidence sur la pensée, car elle est passagère (maniaco-dépression d'Auguste Comte) ou survient en fin d'existence (paranoïa de persécution de Jean-Jacques Rousseau, méningo-encéphalite syphilitique de Nietzsche).

  Le philosophe conseiller politique

Le philosophe s'est fait, parfois, « conseiller du Prince ».

Dans la Grèce antique, plusieurs philosophes se sont occupés activement et pratiquement de politique, pas seulement dans leurs livres :

Enfin,

Du côté des néo-platoniciens, on peut rappeler que :

Dans les temps modernes, on voit :

Le dernier mot revient à Pascal : « Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher »[38].

  Critiques

Pierre Thuillier écrivit contre les philosophes professionnels un pamphlet nommé Socrate fonctionnaire, essai contre l'enseignement de la philosophie à l'université. Perçu lors de sa sortie comme un suicide professionnel, l'ouvrage rencontra cependant le succès.

  Citations

  • Platon : « Le philosophe apparaît être celui qui, pour délier au plus haut point possible l'âme du commerce du corps, se distingue entre tous les hommes. » (Phédon).
  • Aristote : « Le philosophe doit être capable de spéculer sur toutes choses » (Métaphysique).
  • Descartes : « Je pense donc je suis. »
  • Épictète : « Philosophe : il n'attend que de lui-même tout son bien et tout son mal. »
  • Jean de La Bruyère : « Le philosophe consume sa vie à observer les hommes et il use ses esprits à en démêler les vices et le ridicule. »
  • Graig Larive : « Au XXIème siècle, la philosophie prend une ampleur de renouvellement démesurée. »
  • Fontenelle : « Les vrais philosophes sont comme les éléphants, qui en marchant ne posent jamais le second pied à terre que le premier ne soit bien affermi » (Entretiens sur la pluralité des mondes).
  • Diderot : « L'esprit philosophique est un esprit d'observation et de justesse qui rapporte tout à ses véritables principes. »
  • Voltaire : « Le philosophe est l’amateur de la sagesse et de la vérité : être sage, c’est éviter les fous et les méchants. Le philosophe ne doit donc vivre qu’avec des philosophes. » (Dictionnaire philosophique).
  • La Mettrie : « Qui vit en citoyen peut écrire en philosophe. Mais écrire en philosophe, c'est enseigner le Matérialisme ! » (Discours préliminaire).
  • Nietzsche : « Pour l'essentiel, la pensée consciente d'un philosophe est en secret presque entièrement conduite par ses instincts » (Par-delà le bien et le mal).
  • Thoreau : « Il y a de nos jours des professeurs de philosophie, mais pas de philosophes » (Walden, ou la vie dans les bois).
  • Bergson : « J'appelle philosophe celui qui crée la solution, alors nécessairement unique, du problème qu'il a posé à nouveau par cela même qu'il a fait un effort pour le résoudre » (lettre à Gilles Deleuze)[39]
  • Édouard Le Roy : « Le philosophe est essentiellement l'homme d'un triple effort : 1) effort de critique, vers la pleine clarté de la conscience ; 2) effort de spéculation, vers une connaissance profonde, intime, désintéressée du réel ; 3) effort de sagesse, vers le discernement des réalités spirituelles et des valeurs idéales » (La pensée intuitive, I, 4-5) (1929).
  • Paul Valéry : « J'estime philosophe tout homme, de quelque degré de culture qu'il soit, qui essaye de temps à autre de se donner une vision d'ensemble, une vision ordonnée de tout ce qu'il sait, et surtout de ce qu'il sait par expérience directe, intérieure et extérieure » (Entretiens).
  • Maurice Merleau-Ponty : « Le philosophe se reconnaît à ce qu'il a inséparablement le goût de l'évidence et le sens de l'ambiguïté » (Éloge de la philosophie).

  Notes et références

  1. Aétius, Opinions (VIes.), I, 3, 8, trad. du grec Jean-Paul Dumont, Les présocratiques, Paris, Gallimard, coll. Pléiade, 1988, p. 570.
  2. Cicéron, Tusculanes (45 av. J.-C.), V, 3, § 8, trad. du latin Émile Bréhier, Les stoïciens, Paris, Gallimard, Pléiade, 1962, p. 364.
  3. Platon montre cependant Socrate usant de procédé sophistes, ainsi dans Le Banquet où il fait « démontrer » par celui-ci que l'amour est laid, puisqu'il recherche la beauté et qu'on ne recherche que ce dont on manque
  4. Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres (vers 200), VIII, 8, trad. du grec, Paris, Le livre de poche, coll. « La pochothèque », 1999, p. 947.
  5. Platon, Théétète, 155 d.
  6. Platon, La République, V, 475 b.
  7. Platon, Phèdre, 265 d.
  8. Platoin, Gorgias, 500 c ; Théétète, 172-176 ; Le politique, 258 e.
  9. Aristote, Métaphysique, A, 1, trad. J. Tricot, Vrin.
  10. Aristote, Métaphysique, A, 2.
  11. Aristote, Invitation à la philosophie (Protreptique) (366 av. J.-C. ?), trad., Paris, Fayard, coll. « Mille et Une Nuits », 2000, p. 38.
  12. Pierre Hadot, Études de philosophie ancienne, Paris, Les Belles Lettres, coll. « L'âne d'or », 1998, p. 207-258. Voir aussi Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, Institut d'études augustiniennes, 1981 ; Qu'est-ce que la philosophie antique ? (1995), Paris, Gallimard, Folio.
  13. André-Jean Festugière, La Révélation d'Hermès Trismégiste, Les Belles Lettres, 1944, rééd. 1981, t. 1, p. 131 ss., 187 ss.
  14. Franz Cumont, L'Égypte des astrologues, Bruxelles, 1937, p. 122. André-Jean-Festugière, La révélation d'Hermès Trismégiste, t. I, p. 37.
  15. Michèle Mertens, in Les alchimistes grecs, t. IV.1 : Zosime de Panopolis. Mémoires authentiques, Les Belles Lettres, 1995, p. 67.
  16. C. Lacombrade, Synésios de Cyrène, hellène et chrétien, Paris, 1951, p. 64-71. Mais il s'agit peut-être de deux Synésios : Synésios le Néoplatonicien (v. 370-vers 413) et Synésios l'Alchimiste. De même pour Olympiodore : Olympiodore d'Alexandrie le Jeune (vers 550) et Olympiodore l'Alchimiste (fin du IVe siècle ?). J. R. Martindake, The Prosopography of the Later Roman Empire, Cambridge, 1980, p. 800.
  17. P. Kingsley, Ancient Philosophy, Mystery and Magic, Oxford University Press, 1995.
  18. Corpus Hermeticum (100-300), XIX : Asclépius (IVe s. ; version latine), § 13, trad. André-Jean Festugière, Les Belles Lettres, 1960, t. 2, p. 311.
  19. Clément d'Alexandrie, Strômates (vers 190), I, 5.
  20. sur ce point, voir notamment Étienne Gilson, L’Esprit de la philosophie médiévale, Vrin, 1932.
  21. Saint Augustin, Contre les Académiciens, III, 20, [43].
  22. Yvon Bélaval, « Le siècle des Lumières », in Histoire de la philosophie, Paris, Gallimard, coll. « Pléiade », 1973, p. 601-608.
  23. Charles Peirce, Collected Papers, t.I, § 522.
  24. Luc Ferry, apud Jean-François Dortier (coord.), Philosophies de notre temps, Auxerre, Éditions des sciences humaines, 2000 ; Luc Ferry et Alain Renaud, Philosopher à 18 ans, Paris, Bernard Grasset, 1999, p. 289, 293.
  25. Platon, Le sophiste, 247 c et 248 a.
  26. Leibniz, Opuscules et fragments inédits, édition Louis Couturat (1903), Hildesheim, G. Olms, 1988, p. 170. Voir François Duchesneau, Leibniz et la méthode de la science, Paris, PUF, 1993, p. 88, 79.
  27. Leibniz, Opuscules et fragments inédits, p. 557.
  28. Nietzsche, Par-delà le bien et le mal (1886), VI, § 211.
  29. William James, Le pragmatisme (1907).
  30. [1]
  31. Jean-Pierre Vernant, Les origines de la pensée grecque (1962), Paris, PUF, Quadrige, 2007.
  32. Alexandre Koyré, Études galiléennes, Paris, Hermann, 1939, 3 t. ; Du monde clos à l'univers infini (1957), trad. de l'an., Paris, Gallimard, Tel, 1988, 350 p.
  33. Pierre Riffard, Les philosophes : vie intime, Paris, PUF, Perspectives critiques, 2004.
  34. Platon, lettre VII, 331-333 ; lettre VIII, 352 : Lettres, trad. Luc Brisson, Paris, Garnier-Flammarion, 1994.
  35. Lucien Jerphagnon, Au bonheur des sages, Desclée de Brouwer, 2004, p. 142.
  36. Philippe Soulez, Bergson politique, PUF, 1989, 409 p.
  37. Emmanuel Davidenkoff, Luc Ferry, une comédie du pouvoir, Hachette, 2004
  38. Blaise Pascal, Pensées, édition Léon Brunschvicg (1897), Classiques Hachette, p. 321.
  39. [2]

  Voir aussi

  Bibliographie

Classiques

(par ordre chronologique)

Études

(par ordre alphabétique)

  • Roger-Pol Droit, 101 expériences de philosophie quotidienne, Éditions Odile Jacob, 2001, 263 p.
  • Vincent Descombes, Philosophie par gros temps, Éditions de Minuit, 1989, 187 p.
  • Monique Dixsaut, Le naturel philosophe. Essai sur les dialogues de Platon (1985), Vrin, 2001, 423 p.
  • Nicholas Fearn, Zénon et la tortue. Apprendre à penser comme un philosophe (2001), trad. de l'anglais, Éditions Bréal, 2003, 223 p.
  • Paul Janet et Gabriel Séailles, Histoire de la philosophie. Les problèmes et les écoles (1886), Delagrave, 1932, p.1-24 : Le problème philosophique.
  • R. Joly, Le thème philosophique des genres de vie dans l'Antiquité classique, Bruxelles, 1956.
  • Jostein Gaarder, Le monde de Sophie (1995), trad. du norvégien, Seuil, 1998, 557 p.
  • Lucien Jerphagnon, Au bonheur des sages, Desclée de Brouwer, 2004, 334 p.
  • Pierre Riffard, Les philosophes : vie intime, PUF, Perspectives critiques, 2004, 287 p.
  • André Sernin, Alain. Un sage dans la cité, Robert Laffont, Biographies sans masque, 1985, 479 p.

  Articles connexes

  Liens externes

   
               

Philosopher

                   

Philosopher est un verbe dont le sens peut être ambigu : en un sens propre, il désigne la réflexion sur les causes dans une conception générale du monde, comme résultat de l'amour de la connaissance. En sens dérivé, il peut désigner un art de bien vivre. Il désigne donc à la fois une représentation de type contemplative (connaissance pure) ou une activité plus engagée dans la vie proprement humaine. L'activité de philosopher concerne donc à la fois l'action morale et politique, et nos moyens de connaître.

En quoi ceci est-il une spécificité de l'activité philosophique ? La conception du monde (l'acte de contempler) du philosophe se distingue-t-elle des autres conceptions du monde ? Deux questions proprement philosophiques peuvent servir de guides :

  • pourquoi philosopher ?
  • comment philosopher ?


  Le philosophe, par Rembrandt

Sommaire

  Analyse d'expressions courantes

Les mots « philosophie », « philosophe », « philosopher », ont chacun plusieurs sens, et ces sens dépendent d'un contexte. Ce contexte est défini par ce que fait la personne qui parle ou dont on parle, par l'objet de notre discours, ou par l'activité dans laquelle nous sommes engagés. Par exemple :

  • on dit que quelqu'un subit une épreuve avec philosophie ; « je suis philosophe », « il faut prendre les choses avec philosophie », etc. ; le mot est synonyme de calme, de contrôle de soi, et souvent de résignation ;
  • mais être philosophe, c'est aussi avoir des opinions en faisant preuve d'esprit critique, en étant capable de penser par soi-même ;
  • le sens d'une œuvre exprime une certaine philosophie, une vision du monde (morale, scientifique, historique, etc.) ;
  • la philosophie d'un philosophe, par exemple sa doctrine, son système d'idées cohérent ;
  • le cours de philosophie ; on désigne là la discipline avec son contenu défini par un programme.

  Etude des notions et division de la philosophie

  Apprend-on la philosophie ou à philosopher ?

Sur quoi porte l'activité philosophique ? Les expressions courantes ne s'identifient sans doute pas toujours au sens propre de l'acte de philosopher, mais un contenu peut être dégagé, par exemple un objet qui forme la matière de la discipline appelée « philosophie. » Pourtant ces objets sont nombreux : l'homme, le monde, les moyens de la connaissance, l'action morale et politique. Toutes ces matières à réflexion ont cependant ceci de commun qu'elles supposent un maniement d'idées, de notions, de concepts. Or ce maniement n'est certainement pas aléatoire, et on s'attend à ce que la philosophie soit quelque chose comme un art de raisonner, i.e. d'examiner, de réunir, de comprendre, etc. des concepts, en suivant des règles strictes.

C'est ainsi qu'une théorie est un ensemble de concepts rationnellement organisés. En philosophie, il existe plusieurs possibilités d'organisation des concepts, possibilités d'autant plus nombreuses que l'activité de la philosophie n'est pas limitée par un objet. L'ensemble des concepts peut par exemple être organisé d'après la division grecque de la philosophie : la connaissance de la nature, ou physique, l'éthique et la logique, science du raisonnement, c'est-à-dire méthode du bon gouvernement de l'entendement. À ce titre, la logique structure la connaissance du monde et ordonne l'ensemble des notions de la philosophie morale. Ce troisième domaine peut être aussi considéré comme une théorie de la connaissance. Cette division est parfois attribuée à Platon, mais elle n'est explicitement formulée qu'à partir du Stoïcisme. Une autre division, prenant en compte le fait que la physique n'est plus aujourd'hui une partie de la philosophie, consiste à distinguer seulement théorie de la connaissance et éthique. Mais il existe en réalité bien d'autres domaines, telles que l'esthétique, la philosophie politique, etc., qui ont pris une certaine autonomie au cours de l'histoire de la philosophie.

En théorie, la philosophie couvre tous les domaines de la réalité, puisque son objet par excellence est la réalité même, physique et mentale (en ce sens, la philosophie est dite philosophie première ou métaphysique). Dans les faits, il n'y a qu'un nombre limité de concepts, dont la liste est évidemment toujours ouverte, et ce sont ces concepts qu'il faut étudier pour s'initier à la philosophie. Ils peuvent être étudié pour eux-mêmes (apprentissage de la pensée, de l'analyse, du raisonnement en général), ou liés à d'autres concepts avec lesquels ils forment un domaine spécifique (morale, esthétique, etc.), ou encore suivant leur devenir historique (connaissance des systèmes des philosophes, histoire de la philosophie). Ainsi, l'étude des concepts d'une part, et, d'autre part, l'étude de la logique, forment une initiation complète à la philosophie, dont la finalité est de penser par soi-même : sapere aude.

Si cela est juste, alors on peut comprendre pourquoi la philosophie ne s'apprend pas : il n'y a pas un contenu donné et constitué dont on peut dire : voilà toute la philosophie. La philosophie, comme science achevée, n'existe pas. L'apprentissage de la philosophie n'est donc pas un apprentissage de la mémoire, mais un exercice de la raison. Cet exercice s'appuie sur l'évidence des concepts et sur la nécessité des démonstrations.

La méthode pour enseigner la philosophie ne peut donc être dogmatique (elle ne peut être indiscutable et refuser toute critique) ; elle doit être zététique (l'art du doute) . On n'apprend pas la philosophie, on apprend à philosopher. Mais peut-on pour autant se passer de tout apprentissage. Nous avons vu que non.

« La philosophie d'aujourd'hui contient tout ce qu'a produit le travail de millénaires ; elle est le résultat de tout ce qui l'a précédé » Hegel.

Il faut donc aussi connaître l'histoire de la philosophie.

  Pensée critique et autonomie de la pensée

L'idéal philosophique est donc de penser par soi-même, de se fixer à soi-même sa propre norme. Être libre, cela peut donc signifier participer activement et consciemment à l'histoire du monde en étant son propre guide.

Mais, dans ce cas, pourquoi la plupart des hommes se contentent-ils d'une philosophie spontanée, i.e. d'une sagesse du sens commun qui n'est pas vraiment éclairée ? Parce que la philosophie, qui impose de se mesurer à la complexité du monde, exige de :

  • penser, donc prendre le risque de voir ses croyances détruites par la critique ;
  • penser, donc effectuer un effort de travail intellectuel volontaire.

Il y a ainsi deux positions possibles devant la philosophie :

  • la rejeter, ce qui revient à admettre les préjugés, les opinions extérieures, et se laisser manipuler ;
  • l'accepter, se construire une conception du monde, penser et philosopher.

Si tout le monde pense, certains seulement pensent sur leurs pensées, c'est-à-dire ont une pensée réflexive, critique et questionnante. Cela n'est-il qu'une question de paresse ? N'y a-t-il pas des circonstances socio-culturelles qui favorisent plus ou moins l'émergence de la réflexion libre? Est-ce que l'enseignement classique français de la philosophie en terminale réussit à "faire penser par soi-même" ? Y a-t-il un âge pour philosopher ?

La philosophie pour les enfants est une pratique récente qui prétend apporter beaucoup de pistes intéressantes par rapports à ces questions. En effet, elle prétend rompre avec le paradigme élitiste d'une pensée réflexive comme apanage des seuls esprits courageux ; cette pratique consiste à développer la pensée réflexive et l'attitude démocratique de tous et à tout âge, à travers des ateliers de discussion philosophiques. Il s'agit d'apprendre à philosopher en prenant conscience de sa pensée et de ses idées en les échangeant et en les confrontant aux idées des autres. Cette pratique créée aux États-Unis d'Amérique par Matthew Lipman connaît une popularité croissante partout dans le monde. On peut dire en sens contraire que l'acte de philosopher n'est pas en général dépendant de ce genre d'idéologies à caractère démocratique, et qu'il est prétentieux et nuisible à la pensée de vouloir l'égaliser.

  Art de vivre

En tant que pratique, la philosophie peut être décrite de plusieurs points de vue qui n'ont sans doute pas tous la même valeur. Comme le philosophe Poit le faisait remarquer, philosopher est un savoir-vivre.

  • Les philosophes professionnels sont des personnes rémunérées, formées en vue de transmettre un savoir traditionnel. En ce sens, ils n'ont pas nécessairement vocation à penser. Pierre Thuillier rédigea à ce sujet un pamphlet qui fit grand bruit, intitulé Socrate fonctionnaire.
  • De même, il serait certainement abusif d'appeler philosophes tous les étudiants en philosophie.
  • On dit aussi parfois que les historiens de la philosophie ne sont pas nécessairement des philosophes, quand bien même ils seraient professeurs de philosophie à l'Université (ce qui n'enlève rien à leurs mérites, car en tant qu'historiens ils ont une activité de recherche en principe importante).

Le philosophe n'est peut-être pas à rechercher de ce côté. Par exemple, dans son Vocabulaire critique, André Lalande dit que l'emploi de « philosophe » dans les sens ci-dessus est ironique.

  Philosophie et sagesse au sens large

La sagesse est un art de vivre ; elle exprime des préceptes pour la conduite de la vie. C'est ce que fait également la philosophie, et bien vivre est l'un de ses buts, sinon le seul. Mais la sagesse est aussi l'expression du sens commun, du bon sens (dont chacun est normalement pourvu) : elle est alors une sagesse de l'expérience immédiate portant sur des choses contingentes, et elle ne peut se fonder sur un savoir, mais seulement sur l'opinion et la croyance. La sagesse populaire est de ce fait parfois incohérente et les proverbes contradictoires. Cette sagesse n'est pas infaillible, et elle ne répond pas à toutes nos questions ; elle nous met dans l'embarras. La sagesse du bon sens n'est donc pas ce que l'on vise par l'activité philosophique, mais l'embarras qu'elle suscite est certainement la voie vers une sagesse plus haute.

  Ce qui fait le philosophe

Pourquoi certaines personnes se passionnent-elles pour la philosophie, alors que d'autres semblent la mépriser ? Les philosophes en donnent plusieurs explications, qui se retrouvent d'Héraclite à Bertrand Russell en passant par Descartes. On peut retenir les points communs suivants :

A. Vivre sans philosopher, i. e. sans réflexion sur nos actes et sur le sens de nos valeurs, c'est ne pas vivre réellement ; l'idée de sommeil est fréquente, par exemple, pour Héraclite :

Les autres hommes ignorent ce qu'ils ont fait en état de veille, comme ils oublient ce qu'ils font pendant leur sommeil.

Et pour Descartes :

C'est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher.

Le refus ou l'absence de la philosophie entraîne donc une vie d'ignorance, une vie que l'on passe sans en prendre conscience, dans l'obscurité ou le sommeil. C'est un point important car le reproche de passer à côté se retourne parfois contre le philosophe. Ainsi Platon note-t-il que le philosophe est un être maladroit, car ses préoccupations ne concernent pas la vie quotidienne ; il est donc sans expérience, ignorant ce que les autres croient important. Il passe alors pour un homme peu sûr de lui, et pratiquement pour un imbécile, ou au moins pour quelqu'un qui cherche à fuir ce monde par la recherche de vérités éternelles (cf. Théétète).

Mais pour le philosophe, vivre sans la pensée, ce n'est pas vivre.

B. Le point de départ de la vocation de philosophe est souvent décrit comme procédant de l'étonnement et du doute. De cet étonnement, plusieurs interprétations sont possibles :

  • l'étonnement comme prise de conscience que l'on ignore quelque chose ; dans ce cas l'étonnement prend la forme d'une question. Par exemple: quel est le principe des choses ?

« C'est en effet l'étonnement qui poussa comme aujourd'hui les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, leur étonnement porta sur les difficultés qui se présentaient les premières à l'esprit ; puis, s'avançant ainsi peu à peu, ils étendirent leur exploration à des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des étoiles, enfin la genèse de l'Univers. Or apercevoir une difficulté et s'étonner, c'est reconnaître sa propre ignorance (c'est pourquoi même l'amour des mythes est, en quelque manière amour de la sagesse, car le mythe est un assemblage de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut bien pour échapper à l'ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, c'est qu'évidemment ils poursuivaient le savoir en vue de la seule connaissance et non pour des fins utilitaires. » (Aristote, Métaphyique, Livre A).

  • l'étonnement comme le vertige des doutes que l'on éprouve face à l'inconsistance de la réalité. C'est l'explication de Bertrand Russell : le monde est-il réel ? Nos sensations ne nous trompent-elles pas ?
  • l'étonnement comme peur face à l'inconnu, et notamment face à la mort. Dans ce cas, le philosophe se demande s'il est possible de vivre véritablement en ayant conscience de notre finitude. La mort n'est-elle pas une injustice flagrante ?
La philosophie naît de notre étonnement au sujet du monde et de notre propre existence, qui s'imposent à notre intellect comme une énigme dont la solution ne cesse dès lors de préoccuper l'humanité. (Schopenhauer).

Un personnage de Boris Vian laisse entendre ce qui pourrait constituer la mort de la philosophie : Du moment que j'ai tout ce qui est nécessaire à mes besoins, je n'ai plus besoin d'être intelligent (quid pourtant du besoin de comprendre, pour ceux chez qui il existe ?). Il reprend ainsi sciemment ou non une position de Renan : l'humanité de l'avenir sera-t-elle formée d'« indolents ne cherchant qu'à se chauffer au soleil » ?

  Risques de la philosophie

Ces cadres sont très libres, puisque contrairement aux sciences de la nature qui se définissent par un objet et une méthode, la philosophie n'a pas de limites a priori. Cette liberté découle de la pensée elle-même, du langage, du discours et de la réalité, la philosophie s'intéressant à tous les sujets que l'on peut exprimer et analyser pour en former des représentations intelligibles. C'est la raison pour laquelle Bertrand Russell estime que la philosophie peut contenir bien plus de choses qu'il n'y en a sur terre et dans les cieux.

  Premier type de risques

Mais cette liberté ne va pas sans poser de graves problèmes, car il peut arriver que de pseudo-philosophes s'approprient l'autorité de la pensée, en s'appuyant sur les séductions de la rhétorique (et aujourd'hui, de tous les médias). Le discours philosophique s'éparpille, perdant sa légitimité et son nom. Lucien de Samosate, dans l'Antiquité (et avant lui Platon, Aristote, etc) avait déjà signalé ce genre de dangers en dénonçant, dans des parodies cinglantes (Philosophes à vendre), tous les abus de langage qui conduisent à vider la parole de son sens. Il est donc nécessaire de faire remarquer que si la philosophie n'a de limites et de lois a priori ni dans la réalité ni dans la pensée, cela ne signifie pas qu'elle n'a pas besoin, pour avoir sens et rigueur, de poser des règles à son activité. Les discours approximatifs, le verbiage vaniteux des ignorants et de certains philosophes en place, l'amateurisme doivent être absolument bannis. Cette question de la rigueur logique oppose ainsi depuis plusieurs décennies la philosophie dite analytique et la philosophie continentale, cette dernière étant accusée par la première de sombrer dans le relativisme et l'opportunisme.

Il faut donc garder à l'esprit que la philosophie engendre la logique, qui lui permet de donner une rigueur fondatrice à son savoir ; dans ce but, elle s'appuie également sur la définition précise des concepts, définition sans laquelle, en toute rigueur, il n'y a ni sens ni dialogue possible (lisez sur ce point le livre gamma de la Métaphysique d'Aristote, qui peut servir d'initiation à la pensée).

  Second type de risques

La philosophie est la seule science qui peut être dite libre, car elle n'est soumise à aucun objet. C'est pourquoi les philosophes authentiques peuvent aussi se tromper et s'égarer dans des spéculations fantaisistes. L'esprit humain n'est pas infaillible et peut s'user comme le corps. De Quincey raconte ainsi les derniers jours de la vie de Kant.

  Pourquoi philosopher ?

À la question de savoir pourquoi étudier la philosophie, nous pouvons répondre en nous référant au parcours des origines de la philosophie : il s'agit d'abord de connaître la nature, ses principes et les causes de l'être des choses. Ce domaine d'études appartient aujourd'hui à la science (la physique était considérée comme philosophie seconde ; voir Descartes, Galilée, Newton). Une telle séparation n'est peut-être pas entièrement légitime. En effet, même si le philosophe n'est plus aujourd'hui un scientifique, il n'en reste pas moins que la connaissance scientifique doit lui servir de point de départ pour bon nombre de ses réflexions ; par exemple, en éthique, avec les problèmes posés par les développements des sciences du vivant (bioéthique). Les activités philosophique et scientifique sont donc inséparables, malgré les difficultés posées par le développement et la spécialisation du savoir moderne (voir science de l'information).

Dans l'Antiquité, la philosophie s'est en partie détournée de la physique, et a surtout privilégié la morale, à partir de Socrate ; la science est devenue une servante de la recherche du bonheur, ce qui ne fut pas sans entraver son développement. Peut-être voyons-nous encore aujourd'hui la philosophie d'abord sous cet angle, lorsque nous cherchons à répondre à la question : « comment vivre  », ou selon la formulation de Kant : « Que dois-je faire ? » On peut donc étudier la philosophie pour répondre à cette question existentielle, autour de laquelle s'ordonnent les questions de la mort, de la souffrance, de la justice ou de l'injustice de l'existence, ou dans une perspective théologique, la question de notre destination. Mais on peut se poser la question de savoir si une telle restriction est vraiment légitime ; puisque l'activité réflexive du philosophe englobe l'ensemble de la pensée et de la réalité, on ne peut lui fixer une finalité définitive qu'en la mutilant.

  Citation

"Il paraît particulièrement nécessaire de faire de nouveau de la philosophie une affaire sérieuse. Pour toutes les sciences, les arts, les talents, les techniques, prévaut la conviction qu'on ne les possède pas sans se donner de la peine et sans faire l'effort de les apprendre et de les pratiquer. Si quiconque ayant des yeux et des doigts, à qui on fournit du cuir et un instrument, n'est pas pour cela en mesure de faire des souliers, de nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher et apprécier la philosophie puisqu'il possède l'unité de mesure nécessaire dans sa raison naturelle - comme si chacun ne possédait pas aussi dans son pied la mesure d'un soulier. Il semble que l'on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d'études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence." (Hegel, La Phénoménologie de l'esprit).

  Bibliographie

  Voir aussi

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